Témoignage : « Pour s’intégrer, il faut être avec les autres. »

Le 16 avril 2021, dans un article du Ouest-France, Boubacar Diakité, accompagné par Cajma depuis 2 ans, témoigne de son parcours et de son hébergement dans les familles d’accueil de l’association dont celle d’Annie Lucas et Rolland Fichet à Saint-Brieuc.

Boubacar chez Roland Fichet et Annie Luca. © Photo Ouest-France

« Le Collectif d’aide aux jeunes migrants et à leurs accompagnants (Cajma 22) a été créé il y a quatre ans. Grâce à cette structure Boubacar, jeune Malien de 18 ans, est accueilli dans une famille d’accueil à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) depuis deux ans. Il prépare un bac professionnel au lycée de Rostrenen.

« Ici, j’ai tout ce qu’il faut pour atteindre le sommet, pour bien pousser. Comme une plante, Annie et Roland sont mes tuteurs. » C’est en toute sincérité et simplicité que Boubacar Diakité, migrant de 18 ans, souligne « la chance » d’avoir été pris en charge par le Collectif d’aide aux jeunes migrants et leurs accompagnants (Cajma22). Et d’avoir été accueilli par des familles costarmoricaines. Depuis bientôt deux ans, le jeune Malien vit chez Roland Fichet et Annie Lucas, à Saint-Brieuc.

« Pendant deux ans, j’ai fait un master de recherches en sciences de l’éducation, raconte Annie Lucas. Je m’étais toujours dit : lorsque j’aurai terminé, je me tournerai de nouveau vers les autres. J’ai découvert Cajma lors d’un forum des associations. J’ai commencé par du soutien scolaire. Puis j’ai suggéré à Roland que l’on devienne famille d’accueil. »

Boubacar a quitté le Mali à l’âge de 15 ans. Il est originaire de la région de Kayes, à 900 km de Bmako : « Une zone d’où partent beaucoup de Maliens. C’est un peu comme les Bretons qui ont migré dans le monde entier« , dépeint-il. Il grandit chez sa grand-mère, qui le maltraite. « Je suis ce qu’on appelle un enfant né hors mariage. C’est très mal vu au Mali. J’ai eu très peu de contacts avec ma mère, qui m’a abandonné pour se marier.« 

En novembre 2017, il quitte son pays. Niger, Libye, Lampedusa, Sicile, Naples… Il mettra trois mois pour arriver en France. Il est d’abord accueilli à Laval, puis à Saint-Brieuc, où il est pris en charge par les services du Département dans un premier temps.

L’intégration n’est pas aisée. « Quand vous êtes dans un pays étranger, où la culture, la façon de vivre, les codes sont différents, ce n’est pas facile de s’adapter. Pour s’intégrer dans un pays, il faut être parmi les autres.« 

D’abord logé à l’hôtel, il séjourne ensuite, grâce à Cajma chez une première famille, puis chez Annie Lucas et Roland Fichet, depuis août 2019.

Boubacar, qui a obtenu son brevet des collèges avec mention bien (« j’avais mis le paquet« , commente-t-il avec humour), est aujourd’hui scolarisé au lycée Rosa-Parks, à Rostrenen, où il prépare un bac professionnel « accompagnement soins et services à la personne ». « Boubacar a cette curiosité et ce grand appétit d’apprendre. Amoureux de la littérature française, il lit beaucoup« , souligne Roland Fichet. Il s’est aussi lancé dans l’écriture de son histoire, son enfance, encouragé par Roland Fichet. « On relit le texte, le corrige, le développe ensemble. Ces moments nous permettent d’être au plus près de ce qu’il a vécu. » Il est aussi passionné de sport.

Malgré la crise sanitaire et les confinements, notamment le premier, la cohabitation entre Boubacar et sa famille d’accueil se passe bien. « C’était super cette période, hein Annie ? Apéro, cuisine, jardin, potager, lecture…« , se remémore Boubacar. Ce qui n’empêche pas les moments de déprime, le mal du pays.

Depuis son arrivée en France, Boubacara a renoué le contact avec sa maman. Il échange régulièrement avec elle. Mais ici, en terre briochine, il a trouvé un équilibre. « Je suis bien entouré par Annie, Roland, leur famille, leurs amis, les gens de Cajma, les gens du lycée…« 

Mais cet équilibre reste fragile. Boubacar en a conscience. « A cause des histoires de papiers qui ne sont toujours pas démêlées. » Malgré des allers et retours au consulat avec des représentants de Cajma, sa situation reste compliquée. « Beaucoup de Maliens sont dans ce cas-là. Boubacar a son acte de naissance mais il lui manque cette fameuse carte NINA, une sorte de papier d’identité« , explique Annie Lucas. « 

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